Thérèse : "Nous ne craignons pas de passer dix, vingt, quarante ou cent heures derrière les barreaux de vos prisons politiques, car nous sommes incroyablement libres. "

8. Thérèse« Bonne fête Maman ! »

Il est minuit, nous sommes le 26mai, c’est la fête des mères. Dans le commissariat du 18è on vient de me notifier ma garde à vue… ainsi qu’à ma mère, ma sœur et ma tante.

Mais qu’avons-nous fait ? Comment en sommes-nous arrivées là ?

L’officier me l’explique : « Entrave à la circulation sur la voie publique ». Pour cela, il aura suffi de vingt minutes sur un trottoir des Champs …

 

Le 25 mai, à 21h, nous arrivons à la station de métro Franklin Roosevelt. Nous nous rendons au Disney Store, quand nous entendons du bruit éclater plus haut sur le trottoir, au niveau du n° 66, devant le magasin Benetton.  Il est 21h10, nous nous approchons, nous reconnaissons des visages et des slogans, nous nous joignons à eux pour chanter la Marseillaise. En même temps, les gendarmes mobiles nous poussent à l’intérieur du groupe. Il y a beaucoup de bruit, un gendarme mobile près de moi nous a dit de nous disperser. Avec ma famille, nous tentons de sortir, mais d’autres gendarmes nous en empêchent. « Nous avons des ordres » « Attendez 5 minute pour pouvoir partir ». Il est 21h25. Cinq minutes plus tard, je me retrouve plaquée contre un bus de police … Entre temps, ma mère, ma sœur et ma tante avaient réussi à sortir du groupe par une brèche. Voyant que je me faisais embarquer, elles décidèrent de me rejoindre. Il est 21h30, en  vingt minutes nous voilà prisonnières politiques, arrêtées arbitrairement après avoir été contraintes de nous joindre à un groupe de manifestants par les forces de l’ordre, qui en plus nous ont menti en nous disant que nous pourrions quitter les lieux si nous attendions. Normalie an II.

 Nous restons près du bus pendant une demi-heure sans pouvoir bouger, d’autres personnes viennent renflouer nos rangs. Nous montons enfin dans le bus après avoir donné nos noms et avoir été palpés. L’ambiance y est joyeuse même si nous suffoquons : nous sommes nombreux et le bus n’est pas aéré.

 Vers 22h45 nous arrivons au commissariat du XVIIIè, rue de l’Evangile. Nous subissons la procédure habituelle : deuxième palpation, extinction des portables. Nous rentrons immédiatement dans le commissariat car nous sommes arrivés avec le premier groupe. Les suivants attendent dans la cour.

Nous n’attendons pas très longtemps avant l’entretien avec l’OPJ. Il me fait part de mes droits, je demande à voir un médecin et un avocat. Il me notifie ma garde à vue, 3h après mon arrestation … C’est un vice de procédure, et donc illégal, mais Normalie an II ! 

 Je suis ensuite conduite dans une salle où je retrouve mes camarades pour attendre la fouille. Nous chantons pour faire passer le temps et garder un esprit de cohésion. Mais nous sommes vite réprimandés par les policiers qui nous enjoignent sèchement de nous taire à plusieurs reprises, sans se priver de commentaires désagréables à notre encontre.

 On m’appelle pour la fouille, expédiée, par un officier féminin.

 Je retrouve ma famille dans une cellule, où nous restons quelques temps. J’avoue être un peu désemparée en voyant, ma mère, honnête citoyenne, titulaire de la Médaille d’argent de la Famille Française, et qui élève huit enfants, avec ma jeune sœur de 18ans, tout feu tout flamme, entre ces quatre murs …

 Vers 1h, nous sommes 15 à être transférés en bus dans le commissariat du XIXè à Riquet.

On nous répartit immédiatement dans quatre cellules, je suis séparée de ma mère et ma sœur.

La nuit commence, dans le froid et l’insalubrité. Pendant la nuit, les policiers regardent un film dont nous entendons la bande son sans problème (plus tard on nous demandera d’arrêter de chanter …) Un autre fume sans vergogne à côté de nos cellules, et quand nous protestons en avançant la Loi Evin il se moque de nous et nous dit de porter plainte. Normalie an II ! Ils sont tout permis, et nous ne sommes rien, sinon des opposants au gouvernement.

 Vers 7h du matin, un policier nous propose un petit déjeuner : il revient plus de deux heures plus tard, avec deux biscuits et une briquette de jus d’orange par personne pour toute nourriture. Nous demandons de l’eau, elle nous sera refusée pendant toute cette journée de garde à vue … 

 Vers 10h il me semble, je suis identifiée (prises de photos, d’empreinte et de mesures), je vois le médecin, et je m’entretiens avec l’avocat commis d’office. Ces entretiens se passent plutôt bien. Le médecin m’encourage. L’avocat me conseille mais ne se prive pas de réflexions du type « Vous êtes jeune, ne gâchez pas vos études », « On vous a assez entendus », « Le débat a eu lieu, c’est fini maintenant, il faut accepter ». Je choisis de ne pas rentrer dans le débat et de me concentrer sur ma défense. En effet, j’en suis à ma deuxième garde à vue. « Pour les mêmes raisons ? » Le motif de ma première GAV était « Participation à une manifestation non déclarée et refus d’obtempérer aux sommations » (avec « les 67 », le 14 avril, place Edouard Herriot), donc non a priori, et je ne suis pas récidiviste. Mais en fait si, car dans les deux cas je manifestais mon désaccord avec la « Loi Taubira », je suis donc une opposante fichée et surveillée. L’avocat me prévient qu’à ce titre je risque : une prolongation de ma GAV, avec comparution immédiate, 2 mois de prison avec sursis, et une amende.

 Le déjeuner nous est apporté vers 13h (une assiette de pâtes, toujours sans eau).

 Je suis ensuite auditionnée par un OPJ. Au cours de cet interrogatoire, tout est fait pour me déstabiliser. L’OPJ me nargue en me disant « Vous ne pourrez pas assister à la manifestation ! ». Il me pose de nombreuses questions quant à ma présence à ce rassemblement (et à celui qui a causé ma première garde à vue) : il me pousse dans mes retranchements et m’oblige à citer mon désaccord avec la Loi Taubira. Il cherche visiblement mes torts et non les preuves de mon innocence. Il est sceptique quand je déclare avoir été empêchée de quitter le rassemblement par les gendarmes mobiles. Je raconte néanmoins ma version des faits, je ne veux que la vérité. Apparemment il veut surtout savoir si j’étais attachée aux barrières sur la chaussée (j’ai appris leur existence lors  de mon entretien avec l’avocat), si j’étais au courant de cette action, si j’ai participé à son organisation.

Je retourne en cellule. Nous chantons avec vigueur et persévérance, et composons « Pelot d’zonzon », qui deviendra l’hymne des « GAVés », malgré les intimidations des policiers (on nous entend jusque dans les étages).

 Vers 16h30, un policier nous annonce que tous les interrogatoires ont été recueillis, que le procureur a été appelé et souhaite prolonger la garde à vue pour avoir le temps d’examiner plus en détails les éléments vidéo dont ils disposent. Les policiers du commissariat du XIXè visionnent toutes les vidéos afin de boucler le dossier (et libérer la place pour les manifestants qui risquent de se faire arrêter aux Invalides suite à la manifestation du 26 mai).

 Finalement on nous annonce notre libération à 20h. Nous signons un par un notre PV de sortie et je suis libérée à 21h : l’affaire est classée sans suite … Affaire classée sans suite ! Je suis mitigée entre deux sentiments : le soulagement, car je suis libérée, et l’indignation, car il est normal que je sois libérée après tout, je n’aurais jamais dû être retenue en garde à vue, et pourtant j’ai été enfermée 24h pour rien, la police elle-même le reconnaît ! A noter en plus que les copies des PV de garde à vue, d’audition et de sortie me sont refusées. Normalie an II …  

 Au regard de ces éléments, je souhaite porter plainte :

-         au pénal, pour arrestation non motivée et arbitraire, selon l’article L 432-4 du Code Pénal,

-         devant le tribunal de grande instance, pour rétention en garde à vue sans fondement, d’après l’article L 141-1 du Code de l’organisation judiciaire.

 

Je demande en outre :

-       les preuves que rien n’est retenu contre moi, que rien n’est inscrit sur mon casier judiciaire,

-       le retrait des fichiers de police des données me concernant,          

-       la copie des PV de notification de garde à vue, audition et bon de sortie, 

-       la réparation de ce préjudice,

-       des dommages et intérêts.

 

 

Monsieur le Président, et vous, Ministres du gouvernement, et vous, membres de Loges,

 

Il y a des mois que vous nous oppressez pour nous réduire au silence. Il y a des mois que vous faites la sourde oreille au peuple qui vous crie que vous n’avez pas le monopole de la Vérité.

 

Et nous sommes toujours là !

 

Et vous avez peur de nous.

 

Mais nous, nous n’avons pas peur.

 

Nous n’avons pas peur de vous. Vous pensez être tout-puissants, mais vous êtes des hommes de paille, qui ne résisterez pas à la tempête que vous avez-vous-mêmes provoquée. Et les quatre ans qu’il vous reste à diriger la  France ne sont rien, car la France que nous défendons est éternelle.

 

Nous ne craignons pas de passer dix, vingt, quarante ou cent heures derrière les barreaux de vos prisons politiques, car nous sommes incroyablement libres. Libres de la pensée unique, de l’endormissement des consciences, du libéralisme libertaire et liberticide qu’on tente de nous imposer depuis 1789 et 1968. Vous pouvez nous enfermer ! Les valeurs que nous défendons s’étendent bien au-delà de nous-mêmes et de vos cellules.

 

Nous n’avons pas peur, et bien plus, nous sommes fiers, fiers et heureux d’avoir enfin l’occasion de défendre les valeurs que nous avons reçues. Vos lois mortifères les font renaître, et le combat que nous menons nous rend plus forts, c’est pourquoi nous serons vainqueurs.

 

Et JE n’ai pas peur, et je suis fière et heureuse, car je me souviens qu’Il a dit : « Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute, et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous alors, et soyez dans l’allégresse ! »

 

Vous pouvez garder mon nom, mon visage et mes empreintes dans vos fichiers, moi, je garde mon Espérance et mon Allégresse.

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3 commentaires sur “Thérèse : "Nous ne craignons pas de passer dix, vingt, quarante ou cent heures derrière les barreaux de vos prisons politiques, car nous sommes incroyablement libres. "

  1. Et bien, pour une deuxième GAV, no lesson learnt. C’est incroyable comment enfreindre la loi peut se transformer en "opposition au gouvernement". Honteux; Les cours de civisme ne vous ont donc rien appris. Consternant. Je suppose évidemment que vos plaintes pénales ont dû être particulièrement fructueuses (dommages et intérêts pour… application de la loi à moi bonne française catholique blanche et de bonne famille alors que le code pénal devrait être réservé aux non-français et/ou non-blancs et/ou non parfaits-petits-catho?) La justice ne donnera peut-être tort, ah ah!
    Hubert G.

    • Ce qui a l’air certain, c’est que vous n’avez pas appris à lire, cher Hubert.
      Quelle infraction à la loi sur cette deuxième garde à vue ? Visiblement aucune.
      Quant à mes cours de "civisme", je n’en ai jamais eus. J’étais dans un collège-lycée public et j’ai eu quelques cours d’"instruction civique" qui ne m’ont rien appris du tout. Et c’est tout.
      En revanche, j’avais encore des cours d’histoire chronologiques et relativement complets – époque révolue – et j’ai beaucoup lu sur la période 40-45 en France, et sur les dictatures communistes qui ont suivi. Et ça ressemble pas mal.

  2. Hubert vous êtes un indifférent, c’est la pire espèce qui soit, complètement pourri par votre idéologie et vos certitudes au point d’accepter les purges de ce gouvernement inique qui donne des ordres à une police politique…en quoi la loi est enfreinte ? effectivement jusqu’à ces GAV arbitraires et cet emprisonnement nous étions en démocratie, maintenant quand les libertés sont enfreintes il ne reste plus qu’une chose à faire : RESISTANCE.

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