Le témoignage d’Antoine, embarqué le 26 mai aux Invalides

Antoine (temoignage)2

Oui je suis catho, marié, père de famille et issu d’un milieu bourgeois, mais je n’ai pas les cheveux rasés sur les côtés, je ne vote pas FN, je ne fais pas partie de mouvements identitaires, et je n’ai jamais rien cassé lors de manifestations ou troublé l’ordre public dans ma vie.
Et pourtant, je sors de 22h30 de garde à vue…

• La manifestation

Dimanche 26 mai, je me retrouve avec mes amis à la grande Manif pour tous, au départ de la porte Dauphine vers 14 h. Nous battons le pavé comme il se doit dans l’ambiance festive et familiale fidèle à ce mouvement. La Manif se poursuit dans la même ambiance sur les Invalides jusqu’à 19 h 30.

Durant la semaine précédant le 26 mai, le collectif de La Manif avait dans ses emails officiellement avait appelé les gens à rester sur place de façon pacifique après 19 h 30, notamment pour rejoindre les «veilleurs». C’est ainsi qu’avec des amis nous nous sommes posés sur les pelouses pour dîner et discuter.

Très vite, vers 20 h 30, nous entendons à l’angle de la rue de l’Université des « agités » commençant à se rassembler pour provoquer les CRS.
Nous nous attroupons, comme beaucoup, par curiosité malsaine pour observer. Je vous passe les détails sur ces ultras qui sont déjà dans la presse et dont les descriptions ne sont pas si éloignées de la réalité bien que les journalistes n’aient parlé que des débordements minoritaires et peu du reste…

Néanmoins, nous avons vu des scènes hallucinantes non relevées par la presse de la part des policiers en civil reconnaissables à leur oreillette, le petit brassard dans la poche ou les matraques télescopiques à la main.
Ils étaient dissimulés avec les casseurs pour déclencher l’étincelle des débordements (du déjà vu à Versailles). Le collectif a porté plainte contre la préfecture de police pour ces actes, vidéo à l’appui.

Voici quelques événements qui m’ont marqué :

– Un journaliste filmait de très près les casseurs et les policiers en civil. Un des policiers prend son casque de moto et lui donne très violemment un coup à la tête puis un sur sa caméra. Nous accourons pour extraire le journaliste de la foule et là une bonne dizaine de policiers (brassard au bras) sortent les matraques télescopiques et tapent le journaliste ainsi que sur les manifestants (dont des membres de la sécurité de la Manif pour tous) qui essayaient de protéger ce cameraman…

– Complètement encerclée par les CRS, qui ne voulaient clairement plus nous laisser quitter les lieux, une manifestante se met à genoux devant les CRS afin de se distinguer des casseurs. Un civil (toujours avec son brassard) vient vers elle et lui donne un fort coup de pied dans le ventre accompagné d’un « Arrête de sourire ».Lors de notre garde à vue les 250 « terroristes » que nous étions avons passé la soirée à échanger nos anecdotes sur les violences des policiers en civil…Les autres témoignages sont tout aussi frappants !

Aux alentours de 22 h la moitié des Invalides est quadrillée par 6 rangées de CRS en 2 fois 3 lignes. C’était impressionnant de voir autant de forces de l’ordre mais surtout en nombre bien supérieur aux manifestants. Nous devions être 500 dans ce large carré, bloqués avec une centaine d’excités. Nous cherchions à sortir, mais chaque rangée de CRS nous l’interdisait avec comme seule réponse : « Allez au coin de la rue de l’Université, vous sortirez par là ». Nous nous dirigeons tranquillement vers le lieu indiqué. Bien que dispersés, nous avons eu le droit à une charge violente des policiers en civil, matraque et gazeuse à la main, pour nous forcer à nous regrouper rapidement vers la rue de l’Université.

J’avance comme les autres vers l’angle de la rue. Une fois tous regroupés, les CRS ont refermé le cercle sur nous. Nous sommes tous restés très calmes et silencieux, persuadés que les CRS dégageaient l’Esplanade des derniers casseurs avant de nous laisser repartir. Mais aucun des « casseurs », facilement identifiables, ne se trouvaient avec nous. Nous avons compris plus tard que lors de la charge finale les casseurs, plus expérimentés, s’étaient échappés.
A l’arrivée des paniers à salade en grand nombre, nous avons compris que nous étions tombés dans un piège.

• La garde à vue

C’est à 23 h 15 que nous avons donc tous été embarqués dans des bus surchargés, sans lumière, et sans que l’on nous mentionne la raison et l’objet : contrôle d’identité ou garde à vue. Légalement, cela doit être mentionné dès l’arrestation.
Le cortège file sirènes hurlantes en direction du commissariat du XVIIème, bien connu des manifestants car il a l’avantage de pouvoir stocker un nombre important de personnes…

Arrivés sur place, nous sommes conduits dans une cour avec grillage et barbelés, ignorant toujours l’objet et la cause. Ambiance plutôt bon enfant, notamment par la présence de mineurs de 15 à 17 ans eux aussi en GAV… et la présence de « veilleurs » guitare à la main. Une vidéo illustre cela. Nous discutons et rions pas mal avec les CRS qui nous gardent ; étonnamment, nous nous comprenons sur la loi Taubira, les gardes à vue arbitraires et les ordres qu’ils définissent comme politiques avant tout.
Nous rentrons au compte-goutte dans le commissariat pour être reçus par un officier de police judiciaire (OPJ pour les habitués des GAV…) Face à notre nombre, il a fallu plus de trois heures avant que les derniers soient reçus. L’OPJ n’était pas là pour nous auditionner, mais pour nous informer que nous sommes en GAV pour 24 heures pour « non dispersion après manifestation », et nous devions tous signer la même déclaration pré-imprimée. Il nous était fortement déconseillé de demander un avocat ou un médecin, car cela retarderait la procédure sachant que « vous sortirez bientôt, ne perdez pas de temps avec ça » !

N’étant pas un habitué des services de police, ignorant de la légalité de la procédure, je signe dans l’espoir de rentrer chez moi rapidement.

Nous sommes ensuite entassés par terre dans les couloirs vite bondés. Le but était de nous répartir sur d’autres commissariats pour poursuivre notre GAV dans le but manifeste de nous démoraliser par l’isolement. Il y a eu un va-et-vient des policiers venant avec « nos dossiers » pour nous appeler à les rejoindre. Sauf qu’aucun nom appelé ne correspondait aux personnes présentes… Ils appelaient des personnes qui étaient soit déjà parties soit pas en GAV, et ce jusqu’à 6 h du matin pour moi.

La procédure suit son cours, je passe une énième fouille au corps, je vide toutes mes poches, lacets, ficelles de sweat et autres. Je suis parqué dans une cellule avec 16 personnes. Nous essayons de dormir à même le béton, les néons dans la figure. Vers 10 h du matin, on me transfère dans un commissariat de Paris où je suis conduit menotté tout le long du trajet… Me revoilà en cellule où je retrouve deux manifestantes. Je suis assez rapidement reçu par un autre OPJ à 11 h, qui, très sympa et très compréhensif, m’assure que je sortirai rapidement… Il comprend très bien que je ne suis pas un casseur, confirme que c’est politique et qu’il faut du chiffre pour le ministre…! Suit la prise des empreintes et les photos pour le fichage.

Je retourne en cellule collective où je suis avec une armoire à glace bien sombre en treillis et rangers, arrêtée pour être rentrée dans une bibliothèque avec un couteau militaire, un petit butagaz de camping et une lacrymo !!! Il était assis, ne bougeait pas, fixait le mur droit devant. Je me suis mis sagement dans le coin en fixant le moindre de ses mouvements au cas où… bref pas très rassuré !

Heureusement, rapidement, un OPJ voyant cela a demandé au gardien de me mettre dans une cellule individuelle mitoyenne des deux manifestantes.
Nous avons pu discuter, chanter, jouer au petit bac d’une cellule à l’autre sans nous voir. Situation assez cocasse ! Encore merci à elles d’avoir canalisé mon impatience.

Durant cette longue attente, j’ai pu voir passer des « suspects » en garde à vue qui sont restés beaucoup moins longtemps que moi pour des délits qui me paraissent sérieux.

C’est vers 21 h, après 22 heures 30 en cellule, que l’on m’a annoncé que la GAV n’était pas prolongée de 24 heures (il en fut question à plusieurs reprises), et que nous pouvions sortir avec un simple rappel à la loi…

Nous sommes donc reçus une dernière fois par une OPJ très gentille et s’excusant presque de ce geste, malheureusement politique…

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12 commentaires sur “Le témoignage d’Antoine, embarqué le 26 mai aux Invalides

  1. Pingback: Le témoignage d’Antoine, embarqué le 26 mai aux Invalides | La Manif Pour Tous

  2. Les ordres donnés par Manuel Valls, consistant à s’en prendre aux Français qui protestent pacifiquement contre une loi, sont scandaleux ! Manuel Valls sera tôt ou tard puni pour ses crimes contre le peuple français.

  3. Je suis desolé pour toi et je trouve honteuse la façon dont on t’a traité.
    Ne renonce pas a tes idées.
    Courage.
    Suis avec toi.

  4. La dictature de la pensée. On a l’impression de se retrouver au temps d’hittler qui « gazait » les juifs car ils n’étaient pas « blond »; là, Hollande passe par Vells pour « mettre en garde à vue » (ou « parquer ») ceux qui sont contre « le mariage gay ».
    Un nouvel Hittler-Hollande se lève avec une nouvelle Dictature qu’est celle du plaisir des adultes au détriment des enfants (qui sont les citoyens de demain quand même)

    • Le point Godwin est atteint en 6 commentaires seulement. Malgré mes 23h de GAV et mon arrestation arbitraire je n’irai jamais jusqu’à de t’elle comparaisons.

      Antoine (l’auteur en question)

  5. Le lien vers la vidéo ne fonctionne pas.

    Toute ma solidarité. Les crimes de ceux qui donnent des ordres pareils ne devraient pas rester impunis. Voyez donc si vous pouvez déposer plainte avec un avocat.

  6. Ce n’est plus la Police ou les CRS que l’on connait, c’est une Milice à la solde du gouvernement dictatorial! Ces témoignages ressembles à ceux des Partisants et Résistants de la seconde Guerre Mondiale

  7. « je ne vote pas FN », jusqu`a maintenant moi non plus, mais desormais ce sera FN a toutes les elections si c`est la seule facon de se faire entendre

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